L’ermitage au grenadier
Hier, c’était mon dernier jour de travail. Pas le dernier jour de travail de ma vie, mais le dernier jour d’un travail que j’ai commencé il y a cinq ans maintenant. Un travail de bureau. Un travail d’open-space. Un travail dans une grande pièce blanche, avec de la moquette grise sur le sol et partout des écrans. Un travail et cinq ans pour me rendre compte que je ne suis pas fait pour la vie de bureau.
Je me rappelle très bien de mon premier jour, il y a cinq ans. Un jour de début juin. Je vivais chez mes parents à Seclin, et je commençais à 6 heures le matin. Je devais prendre le train pour Lille, le train de 5H25, et pour l’avoir partir un peu avant 5h15. Seulement je me suis trompé, et j’ai réglé le réveil à l’heure à laquelle je devais partir plutôt qu’à celle où je devais me lever. Il m’a fallu quelques minutes pour m’en rendre compte, il faut dire que je ne m’étais pas levé si tôt depuis des mois, alors j’ai mis des vêtements qui trainaient et j’ai couru jusqu’à la gare. J’ai eu le train. En arrivant à Lille, j’ai acheté deux croissants, un jus d’orange frais, puis je suis allé au bureau, où je suis arrivé avec vingt minutes d’avance.

Vie du bureau : la plante de la salle de réunion
Cinq ans plus tard, c’est depuis la maison que je passe ma dernière journée de travail. Loin du bureau, des collègues et des amis que je m’y suis fait. Ce n’est pas comme ça que je pensais passer ma dernière journée de travail. Je l’imaginais comme un jubilé. Un jubilé de footballeur. Il faut dire que mon enfance passée à faire du football partout où un ballon pouvait rouler a biaisé ma façon de voir les choses. Je m’imaginais une dernière journée qui ne compte pas vraiment. Une dernière journée pour se rappeler. Une dernière journée pour le plaisir. Où tout le monde se retrouve. Même ceux qui ne sont plus là.
Pendant les premières années, je commençais régulièrement tôt le matin, et j’ai gardé cette habitude. Une fois que j’ai pû avoir les horaires que je voulais, c’est à 8 heures que j’ai choisi de commencer. Ce qui dans le monde du travail de bureau fait figure d’aurore. Quand je dis au gens de bureau que je commence à 8 heures, ils me regardent comme un con, et puis à 16 heures je m’en vais et ils restent là jusqu’à 19 heures.

Vie de bureau : un repas monacal
Je vais au travail en marchant, et j’aime les rues tôt le matin. La rue Jeanne d’Arc, la rue Caumartin. J’aime la ville quand elle est encore endormie. Quand ses rues sont presque désertes. Quand on ne croise que quelques pigeons se promenant au milieu des routes et que l’on entend les oiseaux chanter. Quand on ne rencontre que quelques passants, les mêmes tous les matins, à qui l’on dit bonjour d’un signe de tête, et que l’on a l’impression de connaître sans jamais leur avoir parlé. Et puis un jour on ne commence plus à 6 heures et jamais plus on les revoit.
Je me rends maintenant compte que je décris les rues de ville comme on les connaît en ce moment, les rues de villes confinées. J’aime rester à la maison et j’aime les villes quand elles sont presque vides. Je pense que j’étais programmé pour aimer la vie en confinement. Depuis que je suis petit, je me rêve ermite, comme les haïkistes d’un Japon disparu, ou alors reculé du monde, comme les écrivains américains péchant la truites dans les rivières du Montana. Maintenant que je vais continuer ma vie à la campagne, peut-être que je vais en partie le devenir. Sauf que mon ermitage ne sera pas une petite cabane au milieu d’une forêt, ou au bord de la mer, mais une maison sur la rue principale d’un village posé en bord de Lot. Avec dans le jardin un grenadier.
(Ce sera mon ermitage au grenadier.)

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« J’étais programmé pour aimer la vie en confinement »
Waou ça me parle ! Je teletravaille de chez moi depuis 6 ans alors j’ai l’impression que ce confinement ne change rien pour moi.
Par contre mon besoin de randonner n’est plus assouvi…
Et qd tu parles du Lot ça éveille en moi ce bout de chemin de Compostelle fait l’été dernier entre autre au bord du Lot.
Ta nouvelle semble bien merveilleuse et mystérieuse. Hâte de connaître la suite de l’aventure !
Bonjour Fanny,
Ici Fanny :p Et Axel aussi !
Oh ça doit être bien charmant ce trajet de Compostelle. On en avait fait une toute petite partie l’espace d’une après-midi, ça nous avait déjà beaucoup plu. Très serein, de quoi donner envie de partir pour encore plus longtemps sur les chemins 🙂
Il n’y a plus qu’à espérer qu’on pourra retrouver les sentiers rapidement. Bonne continuation et la suite au prochain épisode !
C’est toujours aussi cool de vous lire. Moi aussi j’ai une prédisposition au confinement car je travaille de chez moi, en ville, avec le plaisir de humer le quotidien, même si là, le besoin d’arpenter les rues commence à se faire sentir. Projet de sortir en montagne dès que les restrictions de mobilité prendront fin, avec un sentiment croissant d’anticipation qui n’est pas désagréable non plus. Hâte de connaître la suite de votre transplantation du nord au sud-ouest à bicyclette.
Bonjour Marie, nous sommes bien d’accord pour le plaisir d’arpenter les rues !
La transplantation dans le sud-ouest a bien eu lieu mais on n’a pas encore eu l’occasion de sortir les bicyclettes. On espère que vous pourrez vite retrouver les promenades dans la montagne 🙂