Le stade aux taupes
Après le travail, je suis allé marcher le long de la rivière. Je suis passé à côté du stade. Le stade de la rue du Stade. A Capdenac-Port. Le stade au bord de l’eau. Un peu partout sur le terrain, il y avait des taupes. De petits monticules de terre. Tout de suite, j’ai pensé à papi. Papi était chasseur de taupes. C’est une des nombreuses choses qui l’occupaient pendant sa retraite. Quand il était encore en forme. Quand il pouvait encore marcher.
Quand j’étais petit et que j’étais chez eux, le week-end ou alors l’été pendant les grandes vacances, parfois le téléphone sonnait et mamie répondait et au téléphone, il y avait un maire. Un maire des villages des environs. Alors mamie appelait papi, elle criait “ ROBERRRTTTT “ et papi lui répondait qu’il était occupé, qu’il fallait rappeler plus tard, parce qu’il travaillait dans le jardin. Alors le maire rappelait le lendemain et papi partait à la chasse aux taupes, mais avant ça, il avait pu s’occuper des fleurs. Papi et mamie avaient un très beau jardin. Un jardin rempli de fleurs.
Dans le jardin, papi avait construit un but de foot pour moi. Un but en bois avec des poteaux carrés. Il avait même des filets. Des filets bleus. Je jouais au football avec le but du jardin et les chiens me regardaient, allongés dans l’herbe. Isa et Jeudi. C’est comme ça qu’ils s’appelaient.
Parfois je m’arrêtais, j’allais les caresser un peu et j’allais rejouer au football avec le but en bois de papi. C’était un des seuls jardins que je connaissais alors pour moi c’était le plus beau jardin du monde.

Chez papi et mamie, dans les albums photo, il y a une image de papi qui pose avec un grand sourire et une taupe dans la main. Une taupe qu’il venait d’attraper. Sur la photo il pleut. Il pleut et papi sourit. Il porte de grandes bottes en plastique. C’est l’été et c’est la fin d’après-midi et je pense à tout ça en passant devant le stade aux taupes.
Il n’y a pas d’autres bruits que la rivière et le chant des oiseaux. Papi aurait beaucoup aimé les environs. Il aurait aimé la rivière. Il aurait aimé les arbres. Il aurait aimé les potagers. Il aurait aimé le chant des oiseaux et les fleurs. Des fleurs de toutes les couleurs.
Mais il aurait eu trop chaud.
Je l’entend dire « vin dious qui fait cau ! ». «vin dious qui fait cau ! ». Et mamie lui répondre « viens te mettre à l’ombre, Robert ». Alors le long de la rivière je souris. C’est la fin de journée. Le soleil se couche et les oiseaux chantent.
Envie de visiter la région ?
Lisez Départementales Magazine et découvrez
« Entre Lot et Aveyron »
Une nouvelle vie à la campagne,
De joyeuses rencontres
